[Hellas Rally 2022] : J4 & J5, Marathon Stages

[Hellas Rally 2022] : J4 & J5, Marathon Stages

27/05/2022 0 Par Pierre-Emmanuel BOURGOUIN

Les Marathon Stages, c’est un peu un rally dans le rally. Jusqu’à présent, on était en bivouac statique à Loutraki (enfin à côté). On a eu des spéciales de 60 à 200 km avec de 60 à 140km de liaisons. Mais on faisait toujours une boucle, en partant du bivouac, pour revenir au bivouac.

Pour les Marathon Stages, on part du bivouac, mais on n’y revient que le lendemain soir. Et pas d’assistance en cours de route… Ce serait pas drôle sinon…

Entre les 2, on sera à Itea Marina, à 240km de Loutraki. Enfin 240km… Par la route ! Parce que nous, on sera à plus de 300 bornes par les chemins ! 

Allez, avant de commencer, le classique résumé des jours précédents. On est arrivé au Hellas Rally samedi. Le temps de prendre possession des lieux et de faire les vérifications techniques et administratives. Lundi, on a commencé par une petite spéciale, qui déjà m’a ramené à la réalité. Un Rally, c’est dur ! Enfin, plus que la section 7 du TET. Du coup, on a pris les choses en main sérieusement le 2ème  jour, mais tout ne s’est pas passé comme prévu… Et le 3ème jour non plus ! Puisqu’en guise de 3ème étape, on a eu une journée off avec un nouveau set de vérifications techniques

En gros, pour l’instant, rien ne se passe comme prévu ! Tant mieux, c’est plus marrant ! Allez, on tente une journée “normale” pour la première du Marathon Stages ? Lis la suite, tu verras bien…

Marathon Stage Day 1 : 300 km de spéciale

Départ aux aurores pour cette première journée, et inutile de te dire que, comme les jours précédents… J’ai pas dormi ! Enfin pas des masses. Mais peu importe… J’ai mal au poignet et à l’épaule mais ça va le faire. Thiag me dépose au bivouac (je sais pas comment il conduit d’ailleurs avec son bras dans le plâtre…). Je récupère Thrùd, toute belle et rutilante après la journée off d’hier, et bamos ! Direction la zone de départ. 

Pour ce premier jour des Marathon Stages, je roulerai avec Olivier. Je t’en ai déjà parlé, c’est le gars de “Vie de Motard”. Mais si… Il a voilé sa jante le premier jour après une bonne culbute. Ensuite, on a tenté d’aller récupérer une autre jante à 100 bornes du bivouac. Pas de bol, impossible de la monter. Du coup, il roule avec une roue avant qui a la tremblotte. 

La stratégie du jour…

On a 300 bornes de spéciale à faire, et on décide de rouler… Régulier ! Pas comme des dingues, mais régulier. Je te l’avais déjà dit je crois, mais en gros, à chaque fois que tu poses le pied à terre, tu perds 10 minutes. Donc là, on va essayer de ne pas poser le pieds, et d’y aller tranquille, mais régulier… 

15 bornes de liaison avant la spéciale, en passant par la route qui longe la côte, vers le Nord. On traverse à nouveau Loutraki. Ca valait la peine de se lever tôt tient… Si j’avais su. Et nous voilà dans la file d’attente au départ de la spéciale ! 

… qui n’a pas tenu 10 mètres !

Allez go ! On y va en commençant par une piste très roulante ! Bon bah… On laisse les bonnes résolutions derrière nous et on y va comme des porcs ! Ça promet si ça doit être comme ça pendant 300 bornes ! Ça n’a rien d’un marathon pour l’instant, c’est même plutôt un bon sprint de bon bourrin ! 

Olivier sur sa 125 défonce tout ! Je le vois dans le rétro avec sa roue avant qui a la bougeotte… Je sais même pas comment il tient sérieux ! En gros, t’as une moitié de roue qui part à droite, l’autre moitié qui part à gauche ! C’est un pur exercice de freestyle parce qu’objectivement, il doit être incapable d’anticiper à quel endroit passera quel côté de sa roue 😅. Mais bon il gère bien le bonhomme !

La montée de la Muerta v2

Mais très rapidement, on arrive à une petite difficulté comme le Hellas Rally t’en réserve… La montée de la Muerta version 2, légèrement revisitée ! Ca devient très rapidement un carnage à nouveau ! Pour te donner un ordre d’idée, c’était la même que le premier jour, sauf que le premier jour…

On roulait sur du dur ! Là, on roule dans de la caillasse qui se défile sous les pneus ! Impossible en plus d’enlever le traction control sur Thrùd ! Mais quelle galère !!!

J’arrive à prendre un peu d’élan, mais… Qu’est-ce qu’il fout en plein milieu de la piste ce mec ???!!! Il me faisait signe d’y aller mais il décide de relever sa meule quand j’arrive dans ses roues ! Et évidement, il tombe de l’autre côté ! Du coup, pour l’éviter, je me fous au tas ! Allez, on redescend tout en bas… Je retrouve Félicien sur sa 990 et on enchaîne. 

Long is the road

Passé cette première épreuve, on envoie du gras à nouveau. On passe dans des paysages désolés ravagés par les incendies. A chaque fois qu’un SSV te double, tu bouffes une tonne de poussière. Mais ça roule bien et vite. A tel point que pendant presque 200 bornes, il ne se passe rien ! Enfin je veux dire… Pas de galère, juste du gros kif ! Tu as ta piste, ton roadbook, ton ICO, et tu gères uniquement l’accèl ! Tout le reste, tu t’en fous… 

Mais tu t’en doutes, ce serait trop beau pour durer ! Il faut bien qu’une galère te ramène à la réalité… Tu fais un rally mon pote, pas une balade du dimanche tranquille… Alors… Qu’est-ce qu’il peut bien se passer à ton avis ?

Pétage de durite !

Et bien… J’ai le voyant de réserve qui s’allume, donc je bascule sur le réservoir additionnel. Pour ça, c’est très simple normalement ! Juste à ouvrir un robinet… Le fameux sur lequel le staff technique a resserré les durites hier. Mais non ! Là, ça marche pas ! Mon installation de réservoir additionnel est HS ! 

Un problème de gravité…

Un robinet !!!!!!! Un foutu robinet !!!!!! J’ai pas de pompe à essence sur ce réservoir, c’est la gravité qui fait le taf normalement ! Justement, c’était un truc que je trouvais bien ! Pas de matos, pas d’électronique, pas d’électricité, pas de mécanique, juste de la physique à 2 balles ! Une pomme qui tombe sur le pif d’un mec qui fait la sieste sous un pommier !!!! 

Mais en fait, l’essence ne suit pas le bon chemin. Quand j’ouvre le robinet, normalement, ça doit descendre. Le carburant doit être aspiré par la pompe à essence principale, dans le réservoir principal. Bah là… Elle se barre en passant par le reniflard du bouchon du réservoir additionnel ! Ca me rend dingue sérieux… J’essaie de faire un appel d’air en ouvrant le réservoir arrière, j’essaie de souffler dans le reniflard, j’essaie de moins serrer le bouchon. Rien n’y fait ! 

Du coup je déshabille Pierre pour habiller Paul !

Après avoir perdu patience une bonne dizaine de fois, je décide de lancer les grandes manoeuvres. Je démonte le réservoir additionnel, pour transvaser le contenu dans le réservoir principal ! Imagine devoir faire ça sous le cagnard dans la pampa pendant que t’as tous les autres qui te passent devant en levant de la poussière… Ca donne une autre ambiance que la petite installation tranquille au fond de ton garage ! Je suis tellement furax putain… Qu’est-ce qu’il s’est passé ???!!!! 

Au moins, cette bricole permet de continuer l’étape… Et quelque part, heureusement que je l’avais fait dans mon parking, ça aide à ne pas stresser et à tout bien faire, même dans la poussière.

Un chemin de croix sans fin…

Et là, deuxième connerie du jour ! On en est à 270 km sur 300… Je prends confiance… Il reste 30 bornes, c’est rien ! 30 bornes, c’est même pas une demie heure normalement ! Allez, ça va se faire vite fait bien fait ! 

Tu la sens la connerie ? La connerie qui s’appelle “l’excès de confiance”… Ou plutôt “l’excès d’enthousiasme” ?! Bah oui… Il nous aura fallu 2 heures pour finir ces 30 bornes !!! Pour le finish, l’organisation nous a réservé une surprise. Un petit chemin bien sympa, bien technique, bien cassant, bien caillouteux, bien casse gueule… C’était interminable ! 

Mais on arrive enfin à Itae… Et là… La bonne surprise qui me met du baume au coeur ! Thiag est venu !!! Trop cool mec !!! Je vais te saouler avec ma première journée de Marathon Stages comme si t’avais été là Poto ! 

Epilogue du D1 du Marathon Stage

En arrivant sur la Marina, je me suis juste affalé par terre à côté de ma meule. J’étais rincé ! Je n’ai pas eu le courage de réparer mon installation du réservoir additionnel, j’ai juste fait le plein ras bord. Par chance, la team Nomadas m’avait installé un sur filtre à air. J’ai donc juste eu à le sortir pour le secouer et enlever toute la poussière du jour (et c’est peu dire)… Et c’est tout ce que j’aurai eu à faire sur Thrùd après cette première journée ! 

Petit dîner rapide avec les potes, gros Dodo à l’hôtel à 22h, et… 

Marathon Stage Day 2 : 340 km de spéciale

Pour cette deuxième journée de Marathon Stages, on part encore assez tôt, mais pour changer, j’ai un peu récupéré. Il y a juste une petite liaison vers le Nord (enfin, on peut même pas parler de liaison, il y avait 5 bornes à peine…). On retrouve la meute sur les hauteurs d’une ancienne carrière et on patiente sous un soleil bien chaud déjà !

On refait la même qu’hier ?

Rouler cool, bien, longtemps… Y aller régulier, sans arsouiller. En tout cas c’était le programme. Mais va savoir pourquoi, comme hier, les premiers kilomètres sont ultra roulants. J’en profite pour envoyer du gras encore une fois, avec Olivier dans ma roue. On remonte même ceux qui sont partis avant nous. Franchement, c’était le kif !

Sans tarder, on arrive sur les hauteurs d’Itae, avec des panoramas à couper le souffle, mais malheureusement, pas beaucoup le temps de prendre des photos. 

Un des points clefs à améliorer aujourd’hui, c’est la gestion du refuel et des NZ. Les fameuses zones de neutralisation. Tu peux perdre beaucoup de temps sur ces trucs. Du coup, on adapte un petit peu la stratégie. Là, on fait le plein dès qu’on arrive, et on reprend la route direct pour aller jusqu’à la fin de la NZ ! Mine de rien, c’est beaucoup plus confortable et moins stressant.

Une petite promenade bitumée…

On est toujours sur le côté Nord du Golf de Corinthe, et maintenant, on a une jonction bitumée à prendre, en traversant sur le pont reliant Rio à Antirrio. Etonnamment, ça coûte rien quand tu roules à moto. Genre 3€ au max. En revanche, quand tu le passes en voiture, tu douilles ! 13,9€ le passage ! Bon après, ça te permet quand même de gagner pas mal de temps et d’économiser encore plus de fuel… 

Avant de monter dans les montagnes…

Et dès qu’on arrive sur la terre ferme, on reprend les pistes vers les hauteurs. Le roadbook est un peu trickie et quand tu vois les uns ou les autres prendre une bifurcation, mieux vaut vérifier. On en a vu pas mal par exemple bouriner sur la piste, mais nous rattraper juste après une erreur de navigation. Et là, tu peux perdre beaucoup de temps.

Pour l’instant, de notre côté, ça se passe bien ! Aucune erreur majeur, à part un petit crochet de 5km à cause d’une intersection mal négociée. 

Et de commencer à compter les dégâts…

On voit pas mal de mecs arrêtés sur le bas côté, ou pas mal de machines posées sans leur pilote. On sent que la fatigue a gagné le peloton et que les gars comme les meules commencent à lâcher. Quand ça arrive à des types que tu connais pas, ça te fait déjà une drôle d’impression. Mais quand tu passes et que tu reconnais la moto ou le bonhomme, avec qui tu prenais une bière la veille, ça chamboule un peu.

Et puis, quand au détour d’un virage, tu vois un gars allongé, la meule en vrac, et 2 gars dont les casques te disent vaguement quelque chose, bah… Tu t’arrêtes. Et là, manifestement, ça a tapé dur ! La meule est pas en trop mauvais état mais le bonhomme lui ne va pas bien. Les secours arrivent très vite ! En les attendant, on avait dégagé la piste et on faisait signe à ceux qui arrivaient de ralentir. 

Il faut bien reconnaître que les secours sont ultra efficaces, parce que pour monter là en 4×4 médicalisé, faut y aller ! Ils sortent la civière gonflable, et c’est la totale ! Minerve, attelles, le gars est sanglé de telle sorte qu’il ne puisse pas bouger un orteil. On apprendra plus tard qu’il a eu une déchirure des ligaments de l’épaule avec opération à prévoir d’urgence. 

Checkpoint en vue !

On repart et pour ma part, c’est une impression mitigée qui prévaut… L’envie d’envoyer du lourd pour rattraper le temps, et le sentiment qu’il faut y aller molo pour ne pas jouer avec le feu… On retrouve notre rythme assez vite, et on arrive enfin au Checkpoint ! Ca, c’est la bonne nouvelle ! La mauvaise, c’est qu’on y arrive 10mn après l’heure limite ! 

Herman et Bart sont présents pour vérifier si la machine est ok. Ils me filent au passage un coca et une pomme, c’est toute l’assistance autorisée à ce stade. Herman me dit que je dois repartir au bivouac par la route, car ils ne me laisseront pas repartir sur la spéciale.

Mais là, on a une idée avec Olivier ! On a perdu pas loin de 30mn en attendant les secours là haut… Donc, on va essayer de négocier. Mais rien à faire, l’organisation nous crédite généreusement de 10mn et considère que cela ne change rien au timing… 

Franchement, je trouve ça super injuste ! On a eu droit à un joli discours lundi soir après la première spéciale, comme quoi il fallait aider les pilotes en difficulté, que l’organisation était compréhensive, etc. Mais au final, j’ai le sentiment d’être “puni” injustement et d’être privé de la fin de ma spéciale ! On aurait très bien pu finir ! Les 10mn se rattrapaient sans problème, on était dans le rythme ! Mais c’est comme ça. La messe était dite… On rentre donc au bivouac par la route… Une bonne centaine de km à maugréer et à te refaire tout le film de cette seconde journée des Marathon Stages ! 

Tips & Tricks spéciaux Marathon Stages

Alors globalement, je suis content de ce que j’ai fait pour ce Marathon Stage. Tout n’était pas top, bien sûr, mais grosso modo, je trouve que j’ai pas trop merdé. Déjà, le bon point, c’est qu’il n’y a eu aucune erreur de navigation majeur. La seule que j’ai faite nous aura fait perdre 5km, ce qui n’est pas énorme.

Ensuite, pour la prochaine, je dirais qu’il faut impérativement connaître par coeur sa machine. Comme ça, si tu as une galère en cours de route, tu seras d’autant plus à l’aise pour la gérer. C’est typiquement ce qui s’est passé avec mon réservoir additionnel. Je pense que ça m’aurait pris 3 fois plus de temps si je n’avais pas démonté / monté à blanc dans le garage.

Question mécanique encore, il faut impérativement partir avec un bag optimisé que tu connais par coeur. Tu mets les provisions d’un côté, les outils d’un autre, et les spare parts dans un troisième. 

Dernier conseil, pas que pour les marathon stages mais pour toutes les spéciales : la gestion du refuel et des NZ. Comme tu as bossé ton roadbook, tu sais quand il y a des refuel et des NZ. Du coup, quand les deux sont liées, tu fais ton plein et tu files jusqu’à l’instruction précédent la fin de la NZ. Tu t’arrêtes là et tu attends que le temps passe… Et dès que c’est bon, tu files ! Voilà, tu as gagné beaucoup de temps et de tranquillité d’esprit !