[Hellas Rally 2022] : J2, une demie spéciale, mais une double journée !

[Hellas Rally 2022] : J2, une demie spéciale, mais une double journée !

24/05/2022 0 Par Pierre-Emmanuel BOURGOUIN

Ah ah… Je sais que tu meures d’envie de poser la question, sans trop oser… Alors je te donne la réponse quand même : bah non, j’ai pas mieux dormi (voir pire encore) ! Et oui, je suis toujours excité comme une vieille puce ! Ah ! Oui aussi, j’ai qu’une hâte, c’est d’en découdre avec ce rally, même si une petite voix me dit que c’est pas super raisonnable… 

Mais avant de rentrer dans le vif de cette seconde journée, si t’as pas suivi les épisodes précédents, je te la fais courte. Sinon, passe directement au point suivant ;-). On a débarqué au Hellas Rally avec Thiago un peu comme un cheveu sur la soupe mais avec une bonne grosse motiv ! Là, on a tout bien fait sur place pour pouvoir prendre le départ de la première journée. Et quelle première journée ! On en a chié, un buggy a cramé, la spéciale a été raccourcie ! Et en plus, on a fait le taxi ! Ca nous a un peu rappelé à la dure réalité de ce qu’est un rally… Juste ce qu’il faut pour attaquer cette seconde journée de course.

Si avec tout ça t’as pas envie de lire la suite ou de te replonger dans les premiers épisodes, je peux rien faire pour toi… Dans le cas contraire, la suite t’attend 😉

Une grande journée…

Alors pour ce second jour, on change de level ! 200 bornes de spéciale, et quasiment 150 de liaison ! Hier on est parti en vradrouille au nord du bivouac, aujourd’hui, on part plutôt vers l’ouest sud ouest. 

Le roadbook change de taille aussi ! Quasiment 400 instructions ! 

Après, le départ est quand même plus tranquille que la veille, même si j’ai la tête dans une enclume. Mais bon, je dois reconnaître que je suis bien plus serein et bien moins stressé par la navigation. En plus, on part ensemble avec Thiag, donc on va rouler bien comme il faut, ou en tout cas, forts de nos apprentissages de la veille avec une stratégie simple : rouler régulier, sans s’arrêter ! 

On part donc pour cette grande liaison qui nous fait emprunter quelques voies rapides… Et put… quelle gageure ! Se trainer à 80 sur autoroute, franchement, ça fait mal ! Faut que j’en parle à un psy peut être… 🦦

Summer bobib mousse

Pourquoi 80 ? Tout simplement à cause des bib mousses qui sont montées dans nos pneus…. Et là tu te dis “Nos quoi ????” Bah nos Bib mousses ! 

Du coup j’ouvre une toute petite parenthèse sur le sujet. A moto, tu as des pneus tubeless (sans chambre à air) ou tube type (avec chambre à air).

Les chambres à air peuvent être simples (1,5 à 2mm d’épaisseur) ou renforcées (mini 4mn d’épaisseur). Malgré tout, ça reste des chambres à air…

Et donc en tubeless ou en tubetype, tu as toujours un risque de crever (si tu veux un petit tuto pour réparer un pneu tubuless, c’est ici).

Les bib mousses, c’est un truc génial inventé pour parer à ce problème, surtout en cross / enduro ! C’est en fait une espèce de grosse mousse que tu mets à la place de la chambre à air et qui te donne l’équivalent de 0,7 à 1,2 bars de pression. Comme c’est une mousse, tu peux rouler sur une planche à clous si tu veux, tu ne crèveras pas.

En revanche, ça a tendance à chauffer assez vite sur bitume, surtout à vive allure, et à allure constante… Et quand la mousse chauffe… Elle se décompose… Pas cool ça !

Voilà pourquoi en gros on dépasse pas le 80, sinon, tu défonces ta mousse et tu roules à plat… 

On change d’ambiance

Bref, 70 kilomètres plus tard, on arrive au départ de la spéciale. Pas mal de monde, pas mal de bazar, le starter qui hurle de se mettre à droite ou à gauche et de laisser un passage au milieu… Les moteurs qui tournent, les pots qui pètent, bref, c’est le bordel, c’est sympa et c’est bien bon !!!

Malgré notre AR à Tripoli hier soir, on a potassé le roadbook (dans la voiture 🙂 ) et on s’est assuré qu’il n’y ait pas de passages à la con comme hier… RAS ! Ca va le faire ! 

Le départ est donné, et finalement, c’est chaud !!! Les premiers mètres de la spéciale sont bien tricky… Si sur le papier, ça semble clair, une fois que tu y es, c’est plus la même ! Bon, en même temps, ils avaient prévenu… On en voit même qui reviennent carrément au point de départ de la spéciale pour recalibrer l’ICO et leur roadbook ! 

J’ouvre le bal, et j’attends Thiago qui partait quelques minutes après mois. Je fais un peu de repérage en attendant, et dès qu’il me rejoint, on s’engage sur la trace… 

Le plaisir de la navigation

Très vite, je me remets dans la navigation, et franchement, j’adore ! C’est ultra ludique, très intuitif, et plus j’avance dans le roadbook, mieux je me sens.

En plus, on fait un bon binôme avec Thiag, et le fait qu’il y en ait un qui  ouvre ne veut pas dire que l’autre se repose sur ses lauriers ! Non non, on navigue tous les deux, et comme ça, si l’ouvreur fait une erreur de nav, l’autre est là pour corriger… Ca, c’est l’expérience du Hard Alpi Tour 😉 

La galère des pneus

En revanche, je galère avec mes pneus !

Alors tu vas me dire que c’est facile d’accuser les pneus, la machine, etc. et tu as certainement raison… Mais j’ai l’impression de rouler sur une meule que je ne connais pas tant son comportement est différent !

J’avais à la base des Michelin Tracker à l’arrière et Starcross à l’avant… Pour le Hellas Rally, j’ai monté un jeu de Motoz Enduro. Sur le papier, ils avaient l’air bien, mais en fait, ce sont des bouses !!! Aucune sensation, aucun retour d’information, ça décroche sans prévenir, l’arrière fait la course avec l’avant, je ne m’en sors pas… 

Je te ferai un retour plus détaillé, parce que autant j’avais été conquis par les Motoz Tractionator GPS, autant là, c’est la méga grosse déception…

Malgré ça, franchement, on roule pas mal… On a vraiment beaucoup appris de la veille, et là, notre stratégie est simple : pas forcément y aller comme des bourrins, mais garder un rythme régulier sur tout le run. 

On est sur de la piste, un peu de single, un peu de cailloux, mais ça roule bien (et vite !)

Et ce qui devait arriver… Arriva…

Thiag est dans ma roue, on a un bon rythme, et j’essaie d’envoyer un peu plus… Et ça va, à peu près en tout cas…

Jusqu’à ce que je me croute lamentablement (et un peu violemment) dans un virage ! Là pour le coup, c’est une vraie gaufre ! Il n’y a pas que les deux épaules qui ont touché, c’est tout le corps qui a morflé !

Je tombe du côté droit, la jambe reste coincée sous la moto, mais grâce aux protections, pas de bobo… En revanche, j’avais pas de protection sur la hanche, donc bing, un bon gros hématome  ! Mon plastron me sauve le coude droit ainsi que l’épaule, mais évidemment, c’est pas une armure… Du coup, tout le côté prend cher aussi ! Mon jersey est déchiqueté… Et puis… Je sais pas comment je me démerde, mais j’ai le poignet gauche qui tape fort, et je sens mon épaule gauche qui vrille un peu aussi. 

Ceci étant, rétrospectivement, le bleu était marrant parce que ça reprenait clairement les parties non protégées du plastron… 

Mais on continue…

Mais rien à faire ! On est des guerriers !

Et puis j’ai connu pire, c’est pas ça qui va m’emmerder… 🦀🧠🦴🩻 (Bon, je spoile la suite mais en rentrant en France, je suis allé faire des radios et autres examens : bilan une bonne entorse du poignet, 2 ligaments du poignets déchirés, et un ligament de l’épaule déchiré aussi… )

Ceci étant, on repart quand même dans la foulée, et bizarrement, je me sentais presque soulagé après cette première vraie bonne gaufre du Rally… Une espèce de vertu désacralisante :-). Juste le temps de remettre le protège main qui a vrillé sur le guidon, et de repositionner la roue dans la fourche qui a un peu vrillé dans les Tés également, et bamos !

La piste se gâte…

Mais si jusqu’à présent ça roulait bien, on entame maintenant une partie dans la forêt avec du single track très caillouteux. Par endroit, ça fait carrément des marches mais ça va on roule bien encore. 

On sort de là et on se fait du pur off-road dans la montagne, et c’est vraiment le gros kif ! J’ai cette image en tête où on arrive sur un petit col et on voit toutes les meules devant et derrière nous, dans les vallées, grâce aux nuages de poussière qu’elles soulèvent… C’était assez beau je dois dire, même si j’ai pas pris le temps de photographier ça. 

Puis on rentre à nouveau dans la forêt, et là, on traverse carrément des lits de torrents à sec. 

Pour le premier, je reste sur le bord, là où les cailloux sont plus petits. Il est très en déport, et plutôt large (peut être une cinquantaine de mètres). J’y vais vraiment au ralenti, et ça se passe plutôt bien. Thiag suit, et on s’autorise une petite pause juste à la sortie de cet obstacle. 

Olivier, notre compagnon d’infortune d’hier soir, passe à son tour et continue son petit bonhomme de chemin tranquillement… Et on lui emboîte le pas.

Et ce qui devait arriver… Arriva à nouveau !

Là, on arrive sur un second obstacle du même genre, beaucoup moins large, mais avec des pierres beaucoup plus grosses. Idem, j’essaie de passer où les pierres sont les plus petites, au ralenti. Un vrai débutant ! Assis sur la selle, à jouer de l’embrayage, et à m’équilibrer sur chaque rocher avec les pieds. Mon fils en trottinette aurait fait mieux je pense, mais je m’en fous.

Je m’arrête 20m plus loin, jette un oeil dans le rétro, et là, la scène de film ! Thiag chute, et je le vois tomber un peu comme si c’était au ralenti. Je le rejoins, et je pige rien. Sa moto est dans le mauvais sens, retournée. Thiag est par terre et se tient le poignet. Un type qui était en panne en SSV juste avant vient nous aider à sortir la brèle de là. Je la pose à côté de la mienne, et on prend un peu de temps pour récupérer. Mauvais pressentiment, il se tient le poignet… 

On est au KM 80… Il nous en reste 120… Et… On continue ! 

Savoir raison garder…

Mais on continue pas longtemps… On fait 20 bornes de plus, et 20 bornes pas simples, notamment sur les derniers kilomètres, avec de la montée pas évidente sur de la caillasse très glissante (alors qu’il n’avait pas plu…). 

C’est simple : si tu perds l’inertie et si tu n’as pas un minimum de vitesse, tu peux recommencer depuis le début… Sauf que tu peux pas faire demi tour ! 

On arrive en haut, et on prend la décision de rentrer au bivouac… 

Ça fait chier d’être raisonnable, mais notre résultat au Rally ne nous fera pas mieux manger ce soir, ni moins bien ! Au final d’ailleurs, je termine 262ème de l’étape, avec un temps de 11h16mn33s14”… En revanche, on sait d’expérience qu’un os pété, ça peut être très chiant dans la durée… Donc on abandonne l’étape du jour !

Je sens bien que ça va pas, alors on rentre par la route en vitesse. Et là, rien à foutre des bib mousses : il faut qu’on soit rentré le plus vite possible. On monte jusqu’à 120/130 km/h…. Et 135 km plus tard (oui oui t’as bien lu !), on arrive au bivouac. Inutile de te dire que les mousses sont mortes ! 

On passe voir le médic du Rally qui nous envoie d’office à l’hosto de Corinthe pour faire des exams de contrôle…

Et là, le verdict tombe : poignet cassé ! Donc poignet plâtré…

Et merde, le Rally est fini pour mon Poto… 🙁

Savoir raison garder bis…

On revient au bivouac après le briefing du soir, et là… On apprend que l’étape du lendemain est annulée ! Un quad a pris feu aujourd’hui, du coup, la région a demandé à l’organisation de refaire un check technique de toutes les meules… 

Du coup, demain, ce sera repos pour les bonhommes et les machines !

Mais bon, il se passe toujours un truc bien en rally, même quand il ne se passe rien 🙂 Donc reviens voir la suite des opérations, et en attendant, voici les inaltérables et maintenant classiques :

Tips & Tricks

Bon bah le premier, c’est que quand y a un doute, y a pas de doute ! Je fais référence à mes pneus… Hier je les sentais pas, aujourd’hui, je les ai pas mieux sentis. La connerie que j’ai faite, c’est de penser que je pouvais changer de pneus sans soucis. J’aurais dû soit les tester avant, soit ne pas les changer pour le Rally.

Second tips, quand tu te croutes, prends le temps de faire le bricolage nécessaire pour repartir dans de bonnes conditions. Je suis reparti avec le guidon de traviole, et on a roulé comme ça pendant quelques kilomètres, c’était l’enfer ! J’ai pris 2 mn pour le remettre, et le changement a été radical. 

Troisième tips, en rally, ton seul juge, c’est ton chonromètre. Lis le règlement attentivement AVANT de partir rouler… Ça t’évitera des pénalités. 3h19 en l’occurence… Soit un quart de mon temps du jour quand même. Sachant que, comme la veille, comme je n’ai pas terminé la spéciale, ton temps de référence est le temps le plus long de celui qui a terminé… D’où les 11h16 du jour ! 

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