Un braquage en Corse

Un braquage en Corse

07/12/2023 4 Par Pierre-Emmanuel BOURGOUIN

Si ça t’avait échappé, je me suis bien crouté au Hellas Rally cette année. Du coup, je n’ai pas du tout roulé entre fin mai et début octobre ! Le temps que je me répare… Et puis comme si ça ne suffisait pas, je me suis aussi crouté à vélo début octobre ! Pour au final… Me casser une autre côte ! Oui oui, tu peux le dire, j’ai un bad karma en ce moment. Mais c’est toujours pareil dans ces cas : tu es à l’affut du premier prétexte, même s’il est tout pourri,  pour aller rouler un peu ! Et comme je devais aller dans le sud, j’en ai profité pour retrouver un copain et aller faire un vrai braquage en Corse ! Alors si tu penses que pour un bon roadtrip en Corse, il faut s’y prendre 3 mois à l’avance et vendre un rein, détrompe toi ! Je vais te prouver le contraire… 

Le bon matos pour un vilain braquage

Bon, question matos, c’était assez simple : j’y suis allé en papy cruising… Je m’explique 🙂

Thrùd n’étant pas encore réparée, et de toute façon pas vraiment faite pour ça, j’ai pris Thor avec ses horribles valises latérales “Touring”. 

Evidemment, je n’ai rien préparé du tout pour ce roadtrip en Corse ! Sachant que je m’en suis finalement assez peu servi depuis mon trip au Maroc l’an dernier.

Donc j’ai juste fait le niveau d’huile avant de partir, et monté des pneus neufs (les Motoz Desert étaient bien défoncés quand même…). C’est d’ailleurs peut être de ce côté que c’est le plus croustillant.

Ca va un pneu mieux (oui c’est pourri mais bon…)

Comme je savais que, pendant ce roadtrip en Corse, j’allais très majoritairement faire de la route, j’ai pas mal regardé ce que je pouvais monter comme chaussettes… J’ai longtemps hésité à remettre les Pirelli Scorpion Trail d’origine, ou les Dunlop Mutant dont j’avais entendu beaucoup de bien. Mais au final, je me suis décidé pour les Michelin Anakee Wild

Oui, je sais, je compare des choux et des carottes.

Alors pourquoi ce choix ?

  • Un, parce que j’ai pris l’habitude des tétines, et je préfère avoir un profil plus agressif off-road.
  • Deux, parce que ce sont des pneus 50-50, donc en théorie, vendus pour passer à peu près partout “moyennement”.
  • Trois, parce qu’ils ont la réputation d’être plutôt très bien sur le bitume en toutes circonstances.
  • Quatre, parce que je m’étais juré de les essayer, après avoir été déçu par leur premier concurrent, les TKC80. 
  • Cinq, parce que j’ai une nouvelle philosophie 🙂 Thor doit passer partout, là où Thrùd devient une bête de rally… 

Petit coup de pub perso au passage, mais si tu veux, j’ai toujours mon comparatif des pneus trails qui est ici

C’est en forgeant qu’on… se fait mal

En revanche, j’ai galéré de ouf à les monter ces Wild !!! Déjà, j’ai mis des chambres à air, alors que c’est du tubuless, donc avec un profil plus rigide. Ensuite, j’avais une côte en vrac, et ça gène un peu quand même. Et puis surtout, je m’y suis pris comme un manche, et j’ai même réussi à monter l’arrière à l’envers ! J’ai dû tout redémonter et recommencer, et franchement, ça m’a saoulé… J’aurais peut être dû relire mon topo sur tout ce qu’il ne fallait pas faire pour changer un pneu !

Mais bon, à part ça, et une vilaine surprise dans les routes de montagne (je t’en parle juste après), Thor a bien fait le taf pendant ce roadtrip en Corse, comme d’hab, et a vaillamment passé la barre des 40.000 km (déjà) !

La logistique d’un casse réussi

Ensuite, pour faire un bon braquage en Corse, tu as besoin de vérifier 3 trucs : la météo, le bateau, et le chemin à prendre.

La bonne nouvelle, c’est que pour les 2 premiers, tu fais d’une pierre deux coups ! Si tu stresses à cause de la météo, attends le dernier moment pour y aller, mais tu prends le risque de pas avoir de place sur le bateau. Si a contrario tu stresses à cause du bateau, booke le ferry, mais tu peux te prendre des giboulées sur la tronche une fois là bas…

A toi de voir, mais pour ma part, j’ai booké juste avant le ferry, en me disant que je m’adapterai sur place en fonction de la météo !

Et plus précisément, j’ai booké via Corsica Linea pour 2 raisons. La première, c’est que leur site fonctionnait mieux que celui de Corsica Ferry. La seconde, c’est que les horaires étaient nickels ! A l’aller, comme au retour, embarquement en fin de journée, et débarquement au petit déj.

Du coup, ça ne te flingue pas une journée puisque tu voyages de nuit.

Bon après, de Paris, la Corse, c’est loin… Et franchement, l’idée de me faire la jonction par la route à moto avec une côte en vrac ne m’enchantait pas. Alors j’ai mis la meule sur une remorque (d’ailleurs, si tu cherches un bon plan pour en louer une en région Parisienne, dis moi, et je te mets en contact), et direction le sud ! Bon, faut dire que j’avais la chance de pouvoir tout laisser en sécurité à Bandol… Ça aide. 

Les plans de la bijouterie

Comme je te le disais, j’ai fait le choix d’y aller, et d’aviser. Alors j’avais pas de plan plus précis que ça à l’esprit, et je l’ai joué à l’impro.

Grand bien m’en a pris, et pour une fois, les planètes étaient bien alignées. Pas un nuage (enfin pas trop menaçant en tout cas), pas une goutte de pluie, et si j’avais pas peur que tu m’en veuilles, je dirais que j’ai eu limite trop chaud avec pas moins de 30°C tous les jours ! Sachant qu’on était quand même mi octobre…

Du coup, j’ai roulé où ça me disait ! Le seul truc, c’est que j’ai quasiment pas fait de off-road (genre 30 bornes en tout sur le petit millier que j’ai enchainé…). Pas dans le mood, pas méga envie de prendre des risques, et pas super équipé… Bref, voilà ce que ça a donné dans les grandes lignes, en comptant +/- 250km par jour :

J1 : de l’Île Rousse à Bastia par le Nord

Pour cette première journée, c’est simple. Petit café en débarquant, et direction la route de la côte (T30) pour aller rejoindre la D81. 

A 7h du mat, il n’y avait pas grand monde tu t’en doutes. Mais déjà, je trouve que les quelque bagnoles qu’on croise ont une conduite… comment dire… engagée ? 

Bref, 15 bornes après avoir pris la D81, on s’engage sur la piste qui serpente dans les Agriates pour aller se poser au bout et admirer la vue. 30 bornes A/R de piste tantôt roulante, tantôt caillouteuse, tantôt sablonneuse, tantôt piégeuse. Un peu fébrile au début, mais rapidement, je retrouve mes sensations, et j’oublie toutes mes bonnes résolutions… 

Retour sur la D81 pour aller rejoindre la D80 qui t’emmène au nord du Cap Corse. De la route à virolo canon ! On met du gaz et on enchaîne en en prenant plein les rétines à chaque virage. Au passage, on passe par Brando, dont tu as certainement entendu parler aux infos il y a quelques jours à cause d’un énorme feu de maquis qui a failli endommager la ville

On traverse pour aller se poser et prendre un café à Macinaggio, sur la côté est et on file vers le sud pour rejoindre Bastia vers 15h30-16h et passer la nuit à l’hôtel Alivi. Chambre avec vue de ouf sur la mer, les pieds dans l’eau, et piscine ! Cerise sur le gâteau, cafetière et bouilloire dans la chambre… Que du bon !

J2 : les Sanguinaires par les montagnes

Réveil tranquille, petit café dans la piaule, et départ pour l’Ouest de l’île aujourd’hui ! Les premiers kilomètres de route sur la T20 sont exaspérants…. Beaucoup de circulation, c’est tout droit, bref, pas fun.

Jusqu’à ce qu’on rejoigne la D18 en direction de Porto ! Et là, c’est que du bonheur cette route ! Tu t’enfiles des kilomètres et des kilomètres de cols de montagne qui t’emmènent au choix, dans des paysages lunaires, dans des forêts de ouf, ou dans des petits villages canons.

Ouvre bien les yeux…

En revanche, mieux vaut faire gaffe sur les routes ! Tu as trois dangers majeurs…

  • le premier, ce sont les vaches et les cochons qui n’en ont a peu près rien à faire de toi. Tu n’es pas à l’abri de tomber sur un troupeau en sortie de virage…
  • le second, c’est que si tu passes ce premier obstacle, tu n’es pas non plus à l’abri de tomber sur des clubs de Porschistes, Ferraristes, Lotusistes, etc. et que dans le lot, t’en as toujours un qui se prend pour Fangio et qui, par principe, fera tout pour te compliquer le dépassement…
  • le troisième, c’est qu’il y a des chances que tu tombes ensuite sur un local qui se sera bien énervé, comme toi, avant de pouvoir passer ces deux premiers obstacles, et donc, il n’est pas impossible qu’il ne soit pas de super bonne humeur en voyant un mec du continent l’emmerder sur ses routes. 

Du coup, le meilleur conseil que je puisse te donner, c’est de faire gaffe, et de te comporter en gentleman driver, et pas en gros kéké 🙂 

Du golfe de Porto à Ajaccio

Une fois tout ça sur la table, on a roulé jusqu’à Porto, dévastée par les intempéries 15 jours plus tard, et on a continué dans la foulée en reprenant la D81 vers le sud, pour aller vers Ajaccio. 

Pour la petite histoire, il y avait un rally routier à ce moment, et du coup, on s’est un peu chauffé avec les gars pour se tirer la bourre. Sympa comme truc 🙂 

Là bas, on s’est posé à l’Hotel Stella Di Mare et là, faut reconnaître que c’était pas la même que la nuit dernière. L’hôtel en tant que tel est sympa, il y a un espace terrasse les pieds dans l’eau, et avec une piscine sympa, quoi qu’un peu fraiche. En revanche, la chambre était pas super clean, et surtout, on avait une méga vue sur… les installations techniques en toiture du bâtiment juste devant nous ! 

J3 : un Z jusqu’à Bonnifacio

Troisième jour, réveil tranquille, et là, on se dit qu’on va finir la route de la côte ! Elle est tellement dingue, franchement, que je pense qu’on aurait pu faire des allers-retours toute la journée sans s’en lasser.

Alors on a roulé, roulé, roulé… Jusqu’à Figari. Et là, on s’est rendu compte qu’on avait pris un peu d’avance sur notre programme… Du coup, on a fait la grande diagonale pour aller jusqu’à Porto-Vecchio ! Et on a roulé, roulé, roulé ! Et cette petite D859, si elle n’est pas tout à fait à la hauteur de ce qu’on a vu jusque là, reste somme toute sympathique.

On est arrivé à Porto-Vecchio, et là, on s’est rendu compte qu’on était toujours un peu en avance… Alors on est allé explorer les plages, et on s’est notamment posé à la plage de Balistra. Un peu moins connue que les autres, mais pour le coup, vachement sympa ! Il y a une petite paillotte pour te prendre un verre (mais il faut juste penser à avoir du liquide sur toi, CB et chèques n’étant pas acceptés…)

Et puis on est reparti pour aller à Bonifacio. Pour être franc, on était épuisé par la chaleur. Il a fait jusqu’à 33°C ce jour, mais surtout, il faisait très lourd. Du coup, sous les vestes et pantalons renforcés, ça cuisait bien. 

Petite frayeur sur la route quand même quand 2 motards de la gendarmerie déboulent dans le rétro pleine balle, gyrophares allumés, mais finalement, ce n’était pas pour nous ! Ouf ! 

On arrive finalement au sud de l’île, et on se pose à l’Hotel Solemare qui est clairement sur la première marche du podium ! Surclassement, piscine chauffée, personnel ultra agréable, franchement, on était trop bien !

Bon, évidemment, tu peux pas venir à Bonifacio sans te promener sur les falaises, et on a dîné dans la vieille ville, dans l’enceinte de la forteresse. 

J4 : la cavale jusqu’à Bastia

Au matin de ce quatrième jour, on se jette un petit café dans le gosier dans la chambre, et on enfourche les meules assez tôt.

On prend le route de la côté jusqu’à Aleria, ce qui fut une véritable gageure, à défaut d’être une énorme connerie. Cette route est inintéressante au possible, toute droite, sans t’en mettre plein les yeux, très empruntée, et sans aucun passage “Whaouh” pour relever l’ensemble.

Le truc, c’est qu’on voulait jouer dans les cols vers Corte, et donc assurer question timing puisqu’on devait être vers 16h à Bastia. Mais si tu en as la possibilité, surtout, ne prends pas cette route et passe par l’intérieur !

Direction Corte

Mais en revanche, quand tu rejoins les petites routes qui vont vers Corte, là, ça devient un gros kif !

Tu as la T50 qui t’emmène directement. Si tu veux bourriner et envoyer du gaz, feu.

Mais je te conseille plutôt  de faire comme nous… Et de prendre toutes les petites départementales que tu trouves de part et d’autre de la T50.

A chaque virage, tu découvriras un panorama de dingue, à chaque village, tu découvriras quelque chose de dingue, à chaque pont, tu auras envie de t’arrêter et de regarder. Bref, oublie les gros axes, et pars de perdre dans les hauteurs, tu ne le regretteras pas. 

Ca freine plus !!!

Après, le problème de ces petites routes, c’est que ça réveille ton côté bourrin. Tu as des pneus tétine ? Et alors… Tu es sur un trail typé off-road ? Et alors… Rien à faire de tout ça ! Tu mets plein gaz en sortie de virage, et tu fais un freinage de bucheron en entrée de virage ! C’est ça le kiff à moto ! 

Sauf que… Quand tu fais ça, le matos chauffe… Surtout quand il fait déjà chaud… Et au final, tu te retrouves en entrée de virage à prendre tes freins comme une brute et… à découvrir que tu n’as plus de frein !!!! Franchement ça fait bizarre ! 

J’ai réussi au bout de 3-4 pumpings aussi bien à l’avant qu’à l’arrière à récupérer un tout petit peu de puissance de freinage, juste de quoi me ralentir et passer le virage, et… m’arrêter dans la foulée ! C’était la première fois que ça m’arrivait, et ça m’a fait un petit quelque chose quand même…

Et ensuite, le plus dur, c’est de te remettre dans le moove ! Je suis reparti en n’utilisant plus du tout les freins. Je n’ai fait que du frein moteur pendant 20 bornes, et ça stress pas mal pour être franc. 

Mais au final, on est arrivé à l’heure pour l’embarquement à Bastia ! Et entre temps, tout était revenu à la normale… Moralité : penser à purger ses freins régulièrement, c’est bien. Je ne l’avais pas fait avant de partir, et après le Maroc et quelques sorties off-road un peu engagées, c’était une connerie ! Je ne la referai pas.

La mise de fond

Allez, c’est l’heure de parler gros sous. Enfin… Pas si gros que ça au final ! Pour cette virée, il y a quoi à prendre en compte ? 

Le trajet pour venir de Paris et rentrer ?

En bagnole, j’en ai eu pour 180€ par trajet, soit 360 au global. Il faut ajouter 100€ de location de remorque, mais je vais investir bientôt ! 

Le ferry ? On a pris une cabine double avec hublot, grand luxe ! 🙂

250 balles par personne tout compris (enfin sans les binouses à bord… et là ça pique un peu…)

Le fuel sur place ?

Moins de 30 balles par jour, soit grosso merdo 120€

La bouffe ?

Bah… C’est simple : un café au petit déjeuner, ça coute pas grand chose. Un sandwich au déjeuner, ça coûte pas grand chose non plus sachant qu’on achetait de quoi les faire… Du coup, reste le dîner du soir, et là, j’en ai eu pour 3 soirs pour un peu moins de 70€

Les hôtels ?

98€ à Bastia, 160€ dans les sanguinaires, 100€ à Bonifacio, soit 360 en tout à 2, donc 180€ par tête de pipe.

Voilà, donc au total, 360 + 100 + 250 + 120 + 70 + 180 = 1080€ 

MAIS

Je te rappelle que j’ai pas roulé entre mai et octobre, et qu’en plus, on avait un peu envie de se faire plaisir en prenant tous les jours des hôtels avec piscine.

Si par ailleurs tu mets de côté les frais pour aller et revenir de Paris, ça fait au final 620€.

Et si tu y vas à la roots, en dormant au mieux en camping et au pire dans un hôtel pas cher, tu peux enlever pas loin de 100 balles en plus.

Donc en gros, tu te fais la Corse pour 500 balles tout compris, et en te faisant quand même bien plaisir. 

Du coup, je me demande juste quand je pourrai y retourner pour faire la même… mais en off-road ! Parce que mine de rien, ça a l’air bien sympa les petites pistes pour rouler là bas !

Les images de vidéo surveillance