[Hellas Rally 2022] : J1, une première spéciale… Très spéciale !

[Hellas Rally 2022] : J1, une première spéciale… Très spéciale !

23/05/2022 2 Par Pierre-Emmanuel BOURGOUIN

Et ben voilà, on y est, on rentre dans le dur ! Après les vérification de la veille et de l’avant veille, première journée de rallye, première spéciale de rally, premier départ, premier tout en fait…

Je n’ai quasiment pas dormi de la nuit, donc inutile de te dire que je suis non seulement sur les nerfs, mais en plus, pas dans mon assiette ! Et Thiag est comme moi je crois 🙂

Bon l’avantage c’est qu’on part presque ensemble, donc du coup, on roulera ensemble ! 

Je suis excité comme c’est pas permis à l’idée d’y aller, super stressé (mais du bon stress) ! Mais quand je vois certains gars, je me dis que mon objectif de finir dans les 100 premiers est peut être un peu beaucoup totalement à la folie surévalué ! Lafontaine peut toujours se toucher, même la tortue ne finira pas première de la spéciale de ce rally sur ce coup… 

Oh et puis après tout, ça, c’est mon second objectif sur la liste de toute façon. Le premier, c’est de finir le rallye ! Mais bon… Comment dire…

Et ben viens avec moi, je t’explique ça. 

Premier départ

A la différence du Dakar où tu as ton roadbook 20mn avant le départ, nous, on l’a tous les soirs lors du briefing… Tess de la team Nomadas avait la gentillesse de le prendre pour nous à chaque fois (merci Tess !!!!).

Bizarrement, on s’est mis une pression pas possible avec Thiag ! Forcément, les 3 premières instructions du roadbook de cette première journée ne nous semblaient déjà pas claires ! Et puis c’est quoi ce fichu “Target Time” pour la première liaison ? C’est le temps maxi, le temps mini, le temps cible ? Et pourquoi les angles des intersections au Roadbook ne correspondent pas aux angles sur Google Maps ?

Mais pourquoi on a eu cette idée sérieux ???

Bref, tu respires un grand coup, tu prends ton ordre de départ, tu te mets en file indienne en suivant les instructions des starters, et… Tu attends… 

Première liaison

Allez, l’heure du départ approche, et… Go ! Au démarrage, je me dis juste : “ne cale pas, ne cale pas, ne cale pas…” 🙂 Mais tout se passe bien, j’y vais tranquille, et comme de toute façon il y a un feu au bout de 100m à peine, on est déjà plusieurs riders à être regroupés. 

Je me cale derrière l’un d’eux pour cette première liaison. Mais finalement, pas de stress à avoir… Il suffit de suivre les indications du roadbook et de ton ICO et ça se fait sans aucun problème ! Dès les premiers tours de roue, ça me semble tellement ludique que je reprends la tête du convoi avant d’arriver au départ de la spéciale.

Ah au fait, la liaison, comme son nom l’indique, c’est la partie qui t’emmène du départ du Bivouac jusqu’au départ de la spéciale du rally… Et tu as la même au retour pour te ramener au bercail. C’est a priori rare quand tu démarres directement par une spéciale (sauf peut être le Hard Défi Tour ???). 

Et re-au fait, le fameux Target Time, c’est le temps maximum pour rejoindre le départ de la spéciale ! Par exemple, tu pars à 9h du mat, tu as un Target time à +90mn, cela veut dire que ton départ de spéciale se fera à 10h30 (9h = 90mn soit 1h30).

Première spéciale de rally

Spéciale très courte d’ailleurs ! A peine 60 bornes à faire… Mais  tu te doutes qu’il y a un loup toi aussi non ?… Et le loup, c’est que, à 1/3 de la spéciale, ils nous réservent une bonne surprise !

On arrive devant une montée qui ressemble plus à un mur légèrement de traviole qu’à une route praticable à moto… Un peu d’appréhension quand on voit les 2-3 bécanes qui sont déjà en travers…

On attend un peu, on observe les bons qui passent ça comme dans du beure…

Et puis je me lance ! Allez go !

Le Dahu Suédois…

Impossible de prendre de la vitesse en amont à cause d’un fossé, donc on y va tranquille, sur le couple, petit filet de gaz, et en appui sur les cales pieds… Ca tracte ça tracte !

Putain c’est dingue on grimpe là !!! Vas y Thrùd !!!!

Petite erreur de conduite, je me retrouve dans l’ornière que je voulais éviter justement… Le regard putain… Tu le sais pourtant !!! Ta meule va là où tu regardes !!! Bref, je descends mais je ne tombe pas ! Je sors la meule de là, me remets en selle, et vrrrroooouuuummmmm je finis la montée comme un charme… En revanche, je croise 2 types dans le sens inverse, et là, c’est pas normal… Sur le moment je me suis dit qu’ils s’étaient blessés mais…

Quand j’arrive en haut de cette première montée, je me retrouve face à un autre mur encore plus impressionnant ! 

Apocalypse Now… V1

Et là c’est un carnage !!! Il y a une vingtaine de mecs qui attendent en bas, et une dizaine coincés dans le mur. Les meules sont sans dessus dessous. Il y en a une qui est posée dans le sens de la montée, mais les autres sont en travioles, voir à l’envers, sur les côtés ! Un gars a l’air bien sonné, un autre fait un soleil devant moi, c’est l’hécatombe ! A tel point que 1 heure plus tard, rare sont ceux qui sont passés…

En gros, soit t’es une brute et tu enquilles direct pour passer l’obstacle, soit.. Tu fais demi tour 🙂

On se résout à faire demi tour pour contourner, et on apprend que finalement, depuis 30mn, la trace est détournée ! Ce que je ne trouve pas cool, c’est qu’il n’y a pas de pénalités pour ceux qui contournent, et donc pas de gain pour ceux qui sont passés par cet obstacle. 

The End…

On continue notre route, et ça se passe plutôt pas mal jusqu’à ce que Thiag pose sa moto presque à l’arrêt. Le problème, c’est qu’elle a dû tomber pile sur le rocher qui dépassait plus que les autres de la piste, et il a percé son réservoir avant gauche. On ne s’en rend pas compte tout de suite et on continue avant d’arriver sur une autre difficulté !

Je vois Félicien (un pote de la team PETOKASK/NOMADAS) à 4 pattes dans la montée, sa meule posée sur le côté, lui exténué. En voulant l’éviter, je tombe à mon tour, presque à l’arrêt. Je me remets en selle, et grâce à un des types de l’orga qui me pousse juste ce qu’il faut, j’arrive à finir la grimpette. Je comprends mieux pourquoi Félicien est mort avec sa 990 ! Rien que de la relever, c’est chaud, mais la relever pour repartir, c’est l’enfer ! Mieux vaut dans ce cas redescendre, reprendre de l’élan, et passer l’obstacle d’un coup… Enfin, c’est ce que je me dis sur le moment. 

De toute façon, arrivé en haut, un autre type me dit de m’arrêter ! Spéciale neutralisée par l’orga pour l’instant… 

Thiag est encore en amont de l’obstacle et en profite pour réparer comme il peut son réservoir. Dès que c’est bon, il passe l’obstacle à son tour, et on continue notre route.

Mais 10mn plus tard, la course est arrêtée. Un SSV a pris feu et le pilote et le co-pilote sont a priori salement brulés. Les secours sont sur place, et on se retrouve coincés avec une vingtaine d’autres motos et SSV.

On patiente un bon moment, et on se retrouve à tous rentrer en convoi à Loutraki.

Premier classement…

Au final, je me retrouve avec un temps de 4h00 alors que j’ai roulé réellement 1h30 sur cette première spéciale du rally… Le différentiel ?

Et bien c’est simple : comme la course a été interrompue, ils ont mis à tous ceux qui n’ont pas terminé l’étape le temps le plus long de celui qui l’a finie en dernier…

Voilà voilà… Je me retrouve donc 252ème au général pour une étape de 100 bornes à peine, dont 60 seulement de spéciale. 

Aouch, ça pique…

Pour te donner un ordre d’idée, le meilleur l’a finie en 59mn 31s ! 

Ah si tu te poses la question, je te mettrai les screenshot des itinéraires enregistrés avec Liberty Rider dont je te parlais déjà ici. Je te confirme que l’appli fonctionne bien quand tu te plantes… Mais concernant les temps, c’est un peu n’importe quoi, donc mieux vaut ne pas s’y fier… 

Première anecdote !

Tu connais le site Vie de Motard ? Mais si… Il y a plein de motards qui racontent leurs anecdotes de motards… Bon, dans le lot, tu as Olivier allias OZ2ROO (tu as son Facebook ici et son Insta là). 

Je n’ai toujours pas compris pourquoi (je crois vraiment qu’il a perdu un pari mais qu’il ne veut pas l’avouer…), mais il s’est inscrit au Hellas Rally avec une 125… Une Honda SLX… Des années 80… 

Bref, il s’est fait une bonne cascade et on l’a trouvé avec Thiag sur la piste alors qu’il tentait de “dévoiler” sa roue. Faut dire qu’elle avait tellement morflé qu’elle ne tournait même plus car elle était bloquée par la fourche… Tu imagines la tronche du truc ?! Et bien on s’est retrouvé le plus simplement du monde à sauter dessus à pieds joints pour tenter d’améliorer les choses. 

Il a pu repartir, mais franchement, vu la tronche de sa roue, il a dû avoir l’impression d’être plus secoué que dans un shaker… Je sais même pas comment il a fait pour finir !

Mais ça s’arrête pas là… Le pépère, il se démène au bivouac pour tenter tant bien que mal… De trouver une autre roue ! Et il en trouve une le saligaud !!! Mais a Tripoli… A 90 bornes de là !!! Et quels étaient les 2 boulets à trainer au bivouac à 22h ? Bah PEB et Thiago ! Et pis ça tombait bien, on avait une bagnole… 

Du coup, on a fait le VTC de luxe dans notre petite Nissan Micra 🙂

Tout ça pour qu’au final… Il ne puisse même pas monter la roue et qu’il parte avec son truc qui ressemble plus à un ballon de rugby qu’à une roue, rafistolée et consolidée quand même… Avec du fil de fer !!! Oui oui… 

Hâte de voir sa vidéo du coup !  

Premiers Tips & Tricks

Premier apprentissage du jour : une étape courte ne veut pas dire une étape facile ! Et franchement, les 60 bornes de spéciale du jour (donc les 40 à 50 réellement parcourus) valent 800km de section 7 du TET ! J’exagère un peu, je le reconnais… Mais pas tant que ça non plus.

Deuxième apprentissage du jour : même sur un rallye considéré comme “facile” tu peux en chier… Et du coup, il faut clairement pas sous estimer l’énergie que tu vas y laisser….

Troisième apprentissage du jour : même un dromadaire comme moi qui boit un verre d’eau tous les 10 jours peut se siffler 10 litres dans la même journée ! Du coup, j’ai bien fait de prendre un camel bag Kriega de 4 litres (3,75 précisément…)

Quatrième apprentissage du jour : ne t’arrête jamais ! Chaque minute perdue à attendre, c’est 10 mn à rattraper en roulant ! On a dû s’arrêter pas loin d’une heure en tout entre les 2 grosses montées déjà… C’est notamment ce qui nous coûte les 4 heures au final…

Dernier apprentissage du jour : même quand tu es humble, tu ne l’es pas assez, donc garde la tête bien fraîche pour prendre les bonnes décisions au bon moment, surtout pendant une spéciale de rally…

Bah on verra demain si ça fonctionne 🙂