Hellas Rally 2023 : le crash (partie 2/3)

Hellas Rally 2023 : le crash (partie 2/3)

03/11/2023 3 Par Pierre-Emmanuel BOURGOUIN

Avant de te raconter mon crash au Hellas Rally, et si tu arrives là un peu par hasard, je te fais un rapide résumé des épisodes précédents de cette édition 2023.

On a décidé avec mon pote Thiago de rempiler cette année, mais en s’organisant un peu différemment par rapport à l’an dernier. En gros, on y va en solo, en se débrouillant par nous même, et en catégorie Malle Moto en prime… Adieu transport des meules et assistance ! Si tu veux voir la logistique, tout est ici…

On est bien arrivé à Karpenisi, dans le TDC des montagnes du Péloponnèse… Et pour les premiers jours, on a bien dégusté question météo ! Je te laisse t’en rendre compte par toi même en jetant un oeil à la première partie ici.

Maintenant, on aborde la fameuse étape Marathon ! Alors feu ! Brraaapppp…. 

J4 : enfin un peu de sec !

Petit décompte… 4ème journée de rally, 3ème journée de course, 1ère journée de l’étape Marathon ! Le compte est bon. Il ne pleut pas, et… il n’est pas prévu de pluie ! Ca change… Au programme, pas moins de 380 km de spéciale quand même. Va pas falloir trainer…

Ca passait c’était beau !

Je prends le départ cool mais rapidement je mets du rythme. J’arrive à batailler pendant 2 bonnes heures jusqu’à ce qu’un gars se croute devant moi dans la forêt !

J’ai rien compris à ce qu’il s’est passé franchement, mais comme je le remontais, j’étais assez près de lui… Du coup, pour ne pas lui rouler dessus, j’esquive mais je perds un peu l’équilibre et je pose la moto par terre, presque à l’arrêt ! Franchement rien de grave, même pas un petit bleu ni un bobo…

Je relève la meule, mais là, mauvaise nouvelle, impossible de choper le point mort et… impossible de passer la première ! En fait, j’ai plié le sélecteur qui bloque sur le carter ! Merde !!! Du coup, j’ai un choix à faire : repartir en sachant que je n’aurai que la seconde ou réparer et me faire remonter par tous les gars que j’ai dépassé… 

Ah, sachant qu’au passage, je suis repassé en démultiplication d’origine… Donc jamais bien ni en première (trop courte) ni en seconde (trop longue)…Ca m’apprendra à laisser le concess changer le kit chaîne sans que je précise ce que je veux… 

Bref, je repars, on verra bien !

Et comme dirait mon pote Andy, les 2 épaules n’ont pas touché, donc ce n’est pas une chute ! Attends un peu avant le vrai crash du Hellas Rally 2023…

Un petit tour de main…

Mais nouvelle galère en vue ! J’ai à nouveau un soucis avec mon roadbook ! Il y a un faux contact quelque part… Quand j’actionne le levier pour dérouler le roadbook, ça fait redémarrer l’ICO ! En tout cas au début, parce que rapidement, ça disparait, mais je n’ai plus la commande au guidon pour dérouler ! Obligé de tout passer à la main !

Et puis s’il n’y avait que ça ce serait pas marrant, donc en prime, je n’ai plus la commande qui me permet d’ajuster l’ODO sur l’ICO ! On rentre en mode « navigation à vue »…

A partir de maintenant, c’est simple : dès que je peux, je déroule le roadbook à la main jusqu’à la prochaine intersection. Et je fais une moyenne entre le kilométrage indiqué sur l’ICO et celui sur le compteur de Thrúd ! Sympa la spéciale…

J’arrive à maintenir le rythme, et plutôt un bon rythme vu qu’à 135 km seulement j’arrive sur la réserve !!! J’ai donc cramé 10l en 135 bornes… Il me reste encore 30 bornes jusqu’au ravitaillement ! Nouvelle stratégie : léger sur la poignée dans les montées, garder de la vitesse dans les virages, et prendre de la vitesse dans les descentes. Après tout, mes freins sont neufs donc autant en profiter 🙂 Manque de bol, ça grimpe encore pas mal…

Un ravitaillement express

Malgré tout, j’arrive au ravitaillement (bien organisé celui-ci). Il était temps parce qu’ils me mettent 13,5 litres dans le réservoir, vendu pour… 13 litres de contenance !

J’aurai fait la queue pendant 20 mn je pense, le temps d’enlever mes bottes et mes chaussettes pour essayer de faire sécher un minimum tout ça avant de repartir. Et il me reste 10mn !

Au lieu de grignoter, je me décide à essayer de réparer le sélecteur et ma commande de roadbook.

Et un peu de bricolage…

Je commence avec le sélecteur et je prends mes démonte pneus pour essayer de le détordre. J’y arrive, mais je galère ! Je ne voulais pas faire levier sur le carter, et je n’avais pas vraiment de point d’accroche. Bizarre comme un truc simple a priori peut devenir casse pied quand ça marche pas comme tu veux… J’y ai passé… 20 mn ! Oui oui, tu as bien lu ! Je ne sais pas ce que j’ai foutu, mais j’ai perdu 10mn sur ce coup !!! Du coup, je remballe tout, je remets les chaussettes (mouillées) dans les bottes (humides), et je remets le contact. J’ai récupéré ma première, mais pas mon roadbook.

Et… Je n’arrive pas à me remettre dedans ! Impossible de retrouver le feeling. Du coup, je roule comme je peux, en serrant les fesses ! Je vois les kilomètres qui défilent, je ne me fais pas spécialement rattraper mais je n’arrive plus à reprendre du temps, et clairement, je n’arriverai pas à récupérer les minutes perdues au ravitaillement.

Mais bon, je passe la ligne d’arrivée de la spéciale et suis soulagé d’être arrivé ! Reste quelques kilomètres de bitume avant d’arriver à un bar et de retrouver Thiag qui nous rejoint un peu plus tard.

J5 : quand ça veut pas…

Nuit pourrie (alors que l’hôtel était plutôt pas mal)… Réveil à la bourre… Pas le temps de prendre un petit dej avant de rejoindre le bivouac… La navette qui nous amène au bivouac qui attend déjà dehors ! Bref, faut se bouger…

Tous mes espoirs reposent maintenant sur le petit déj prévu par l’organisation au bivouac !

Laisse tomber la déception en arrivant.

Il n’y a qu’un misérable demi sandwich avec une tranche de jambon dégueulasse et une tranche de fromage tout aussi dégueulasse… Pas même un café, rien… That’s Life !

Départ à l’arrache..

Je charge le roadbook à l’arrache et je prends le départ… 20 bornes de route jusqu’au début de la spéciale ! Et pour une fois, je suis presque content de faire de la route! Ça me permet de me réveiller tranquillement, de prendre quelques sensations, de me mettre dedans. Je suis impatient de commencer la spéciale !

…poignée dans le coin…

Et quand le starter me fait signe d’y aller, ni une ni deux, je mets la poignée dans le coin et j’envoie tout ce que je peux. A tel point qu’Anton, le photographe, se fait surprendre quand je passe le tunnel 🙂 Il n’attendait pas quelqu’un si proche du précédent coureur je crois 🙂 Rapidement, je remonte un premier gars, puis un second, un troisième…

…en confiance !

Le terrain est plutôt bon, la piste assez roulante, quelques flaques, mais rien de trop gras. Le plus chiant là-dedans c’est que je joue toujours avec mon roadbook à la mano, mais j’ai pris l’habitude.

Au final, après 50 bornes de spéciale, j’ai remonté une petite vingtaine de coureurs. Je suis grave en confiance ! Je me dis que je vais me refaire une santé au classement à ce rythme. Mais ça, c’était sans compter sur…

Voilà le crash de mon Hellas Rally 2023 !

La chute ! Une bonne, belle, grosse chute des familles. La chute bien pensée qui… te fait perdre conscience ! A moto, c’est une première, et ça laisse un drôle de goût 🙂

De l’art de s’envoyer en l’air…

Chose étonnante, mon black out commence AVANT la chute. Je ne me souviens pas, concrètement, de ce qu’il s’est passé pour que je me vautre. Il parait que c’est normal, que c’est un réflexe de préservation… Je ne peux que constater les dégâts, et manifestement, je ne me suis pas loupé.

Mais bivouac aidant, et réseaux sociaux à la rescousse, j’arriverai progressivement à remettre en place quelques moments clefs de tout ce binz !

J’étais donc sur ma lancée, à aller certainement un peu trop vite, depuis un peu trop longtemps, sur un terrain un peu trop dur après les premiers passages très roulants. Je dépasse un quad, puis une moto à un endroit à peu près safe et j’envoie la poignée dans l’angle.

Des signes qu’il faut savoir reconnaître…

La moto roule bien, le moteur ronronne comme il faut, les pneus sont bons, et… 2 ou 3 fois depuis le départ de la spéciale, l’amortisseur de direction Scotts Performance a joué son rôle et m’a évité de me planter.

Le terrain dans lequel j’arrive maintenant est très caillouteux, en montée assez prononcée, avec beaucoup de marches ! La roue avant tape, l’arrière chasse, mais je mets gaz, et j’avance….

Sinon c’est la sanction immédiate…

Et je pense que j’ai dû prendre une compression de l’arrière qui m’a envoyé valdingué par dessus la moto, qui elle même a dû faire un soleil.

La poignée gauche est littéralement sectionnée, par le haut (!), le protège main est vrillé vers le bas à 90° (!!), le guidon est manifestement tordu vers le bas du côté gauche, et la selle a une déchirure en diagonale à l’arrière. Etonnamment, la tour a bougé, mais n’est pas cassée. Le roadbook a bougé aussi, mais a priori n’a pas tapé directement.

Quant à moi, j’ai les mains en sang, le bras gauche écorché malgré les protections, un mal de crâne pas possible, et surtout une douleur que je n’avais jamais ressentie au thorax ! 

Mission exfiltration

Arrive le dernier rider que j’ai dépassé… Et qui, après qu’on ait échangé via Facebook, m’apprend qu’il est arrivé à ma hauteur quelques minutes après que je l’ai dépassé. J’étais a priori assis, un peu transis, et je n’avais plus mon casque. Lorsqu’il m’a demandé ma trousse de secours, je lui ai  donnée. Arrive ensuite le dernier quad que j’ai dépassé, qui de son côté, prend ma moto pour la mettre quelques mètres plus haut sur le côté de la piste à l’abris. Le motard me met des pansements sur les mains, et repart dans la foulée. Le quad est parti également. Normal, j’étais a priori conscient et je répondais « correctement » aux sollicitations. Je n’ai pour ma part aucun souvenir de tout ça…

Arrive quelque temps après Thiag qui s’arrête à ma hauteur pensant que j’avais un problème mécanique. J’étais debout à côté de la moto quand il est arrivé, et… Il s’est vite rendu compte que le problème était surtout sur le bonhomme 🙂 Manifestement, j’avais à ce moment là des propos assez incohérents… Du coup, il a déclenché les secours sur le système Stella. J’ai eu l’impression qu’ils arrivaient dans la foulée, il me dira plus tard qu’ils ont mis 1h30 à arriver ! Merci Poto en tout cas, je t’en dois une…

Première urgence : sortir de la piste

C’est là qu’interviennent les secours mobilisés par l’organisation. Une boîte polonaise qui intervient sur plein d’évènements de ce genre.

Le 4X4 médicalisé arrive par la piste jusqu’à moi. Je suis à ce moment assis contre la moto, incapable de bouger. Ils sont deux à faire équipe. L’un récupère des informations à mon sujet, pendant que l’autre essaie d’établir un premier diagnostic. Il ne tarde pas à décréter que j’ai dû me fêler une ou deux côtes. Dans la foulée, il me met un strap bien serré sur le torse, et me fait une piqûre de morphine.

Je monte dans le 4X4, et commence le début d’un petit enfer… Le gars conduit bien, très bien même vu les conditions, mais il faut imaginer que j’ai les côtes en vrac et que chaque secousse est terriblement douloureuse. Du coup, on s’arrêtera à 3 reprises pour qu’ils me remettent de la morphine avant de venir à bout des 15 bornes de piste qui nous séparaient de la route. On a dû mettre plus d’une heure, pour sortir, mais là encore, pas de souvenirs…

Objectif ultime : arriver à l’hôpital (vite si possible)

En sortant de la piste, j’ai l’image d’une ambulance qui attendait sur le bas côté près d’un pont… Ca faisait un peu échange d’espions 🙂 Le 4X4 se gare à sa hauteur, et les ambulanciers m’installent sur le brancard. Attachez vos ceintures, il reste 50 bornes avant d’arriver à l’hosto !

J’ai toujours le strap sur le poitrail, et maintenant, j’ai aussi une ceinture de sécurité ! Je suis solidement fixé au brancard, par le torse évidemment, ainsi que les jambes… En revanche, je ne sens plus les effets de la morphine, et les ambulanciers ne veulent me donner aucun anti douleur !

C’est comme ça que j’ai un vague souvenir de l’ambulancière hurlant « We need a Doctor ! » puis fustigeant (en grec) son collègue qui conduisait, certainement pour lui dire d’accélérer.

Du coup, j’ai choisi ce moment pour faire un… second black out, quand l’ambulance passe dans un nid de poule ! Je me souviens juste de la douleur que je ressentais à ce moment là en fait. Après, l’avantage quand tu perds connaissance, c’est que le temps passe plus vite 🙂

L’hospitalité à la Grecque (ou l’hôpital chez les Grecs)

En arrivant à l’hôpital, j’ai un vague souvenir nauséeux et nuageux d’une quinzaine de silhouettes qui attendaient devant l’ambulance… Je revois les lueurs blafardes des néons. Je me souviens d’une infirmière essayant de m’expliquer que je dois changer de brancard pour faire un scanner. Je me souviens aussi voir 3 ou 4 infirmières qui me semblaient être peu à même de me bouger…

Je me souviens regarder de côté, et je me suis dit que c’était une bonne idée de rouler pour aller vers le matelas du scanner. Bon, en fait, ça devait être une mauvaise idée puisque j’ai fait un troisième black out à ce moment !

Et je me souviens reprendre connaissance quasiment à poil 🙂 Ca fait bizarre, mais bon, c’était pas ma préoccupation principale du moment pour être franc. En plus, ils ont tout fait pour ne pas tout déchiqueter, du coup, à part mon t-shirt et mon plastron, tout le reste est récupérable. Bravo à toute l’équipe de l’hôpital !

Comme à la maison…

Bref, là, un médecin parlant 3 mots de français bien mieux que les 3 mots de Grec que j’essayais d’aligner maladroitement m’explique que je vais devoir mettre les mains et les bras en avant au dessus de ma tête. J’essaie, mais je pleure de douleur 🙁 Je ne savais pas encore que le pire était devant moi. Bah oui, à un moment, il faut prendre une grande respiration, et de ne plus bouger !

Le verdict tombe… Ce ne sont pas deux côtes fêlées, mais 5 côtes cassées ! Enfin 3 nettes et deux fracturées… Evidemment, il y a un petit épanchement également, donc pose d’un drain aussi. Bon et je compte pas les menus bobos qui m’ont valu de porter une minerve pendant 6 semaines… Normal que j’ai eu un peu mal du coup 🙂

Presque en famille…

Mais ensuite, tout le personnel hospitalier aura été aux petits soins, et dès le diagnostic posé, ils m’ont gavé de codéine, donc ça allait (un peu) mieux…

J’ai été impressionné franchement par les aides soignants, les infirmiers et les médecins ! Et je dois reconnaître que ça fait un peu mal au coeur aussi de voir le peu de moyens dont ils disposent…

Pour l’anecdote, j’ai demandé au chirurgien si je pouvais avoir un peu de morphine après qu’ils m’aient posé un drain. Et il s’est assis à côté de moi pour m’expliquer que oui, il comprenait ma demande, et qu’elle n’était pas totalement illégitime, mais qu’ils n’avaient pas assez de stocks, et qu’ils devaient le garder pour les cas d’extrême gravité… Aouch. 

Voilà comment s’est achevé le Hellas Rally, édition 2023, après 4 jours de course… Je lâcherai bien un « plus de peur que de mal », mais du coup, la version exacte serait plutôt « plus de mal que de peur »…

C’est pas fini ! Et la suite arrive… Alors n’hésite pas à t’inscrire à mon blog ou à me suivre sur les réseaux sociaux si tu veux être prévenu.