L’express des Bardenas Reales à moto !

L’express des Bardenas Reales à moto !

11/11/2021 0 Par Pierre-Emmanuel BOURGOUIN

Les Bardenas Reales à moto tu connais ? Ça fait partie de la bucket list de tout bon motard qui se respecte. D’ailleurs, c’est valable même si tu ne fais pas de off-road ! Je l’avais déjà fait quand j’étais allé à Cabo Da Roca et Tarifa en 2019. Et à l’époque… Je roulais en K1300R !! 

Edit : je viens de me rendre compte que je n’avais toujours pas fini le récit d’ailleurs… Shame on me !!!

Mais c’est loin, c’est long, faut y aller, faut en revenir, faut… Juste franchir le pas en fait !

Alors quand tu es au mois de novembre dans un bad mood absolu… Que tout fout le camp… Ce foutu COVID qui revient en force… Et que tu n’as rien qui te retient… Qu’en prime,  c’est à ce moment là que tu as ton pote T. qui arrive ! Et là il te dit : et si on allait rejoindre J. en Espagne ?… Et du coup…

Bah tu devines la suite je pense ?

Petit flashback…

Allez, petite mise en situation quand même !

T. c’est un de mes potes de off-road que j’avais rencontré avec A. la première fois que j’ai fait le Hard Alpi Tour. On a eu un bon fit, et du coup, on a continué à rouler ensemble. Lui, il roule sur une 890 R que j’ai bien aimée. Mais je ne lui dis pas trop pour le moment…

J. c’est un de mes potes de off-road que j’ai rencontré sur le Trans Euro Trail, grâce à T. et A. justement. Il avait à l’époque une Triumph Tiger 800. Ensuite, il s’est acheté une moto (désolé Poto ?). Maintenant, il roule sur une 790 R équipée d’une tour rallye qui lui donne une sacrée bonne tronche…

T., A. (qui n’a malheureusement pas pu se joindre à nous ? et qui roule d’habitude en 990) et J., vous en entendrez à nouveau parler prochainement… Alors je m’éternise pas trop. 

Mais du coup, tu te demandes comment on en est arrivé là ?

Et bien J. a été pris d’une subite envie d’évasion. Il s’est dit qu’il irait bien faire le TET Espagne et Portugal pendant 3 semaines ! Il a chargé sa meule, et il est parti à l’aventure. Sauf qu’en cours de route, il a cramé son embrayage… Et… C’est de là que tout est parti ! C’est vrai quoi, on laisse pas un pote en rade sans embrayage où qu’il soit…  ✌? C’est beau la solidarité motarde non ? Et donc, c’est là qu’on s’est décidé à aller le rejoindre avec T. 

(Bon, là, je dois être honnête… Enfin un peu… Son embrayage a été réparé en moins de temps qu’il en fallait pour le dire ! Mais on va dire qu’on devait s’assurer que tout aille bien pour son rodage hein… ?)

Une jonction 5 étoiles

Si tu ne connais pas, les Bardenas Reales, c’est quand même à plus de 1000 bornes depuis Paris. Ce qui veut dire 2000 aller retour. Ca fait quand même pas mal de route pour un weekend, même un peu prolongé… Et puis avec les AR du moment à Orléans, faut dire ce qui est, c’est presque sur le chemin en fait !

Bref, du coup, T. prend sa camionnette avec la remorque. Moi je le rejoins sur une aire d’autoroute plus tard pour y poser ma meule également. 

Le deal de départ c’était qu’on se partage la route. Mais bon, comme il est encore plus borné que moi, j’ai pas insisté… Je me suis contenté de lui faire la discussion pour qu’il ne s’endorme pas. 🙂

Petite pause à 1h30 du mat à Bordeaux pour pioncer un peu et on repart le lendemain matin avant l’aube direction Saragosse pour rejoindre J. 

On arrive là bas en fin de matinée, et on drope la voiture avec la remorque au parking de la Basilique (20 balles par jour).

On s’enfile un sandwich, et go !

Los Monegros, la mise en jambe…

Je connaissais déjà ce coin après y avoir posé mes roues avec C. D. et E. avec qui j’avais fait le HAT l’an dernier. Mais peu importe, je ne m’en lasse pas ! Donc direction plein Nord depuis Saragosse. Le but c’est de rejoindre Los Monegros, une sorte de prélude aux Bardenas Reales pour nos motos.

C’est pas immense, et ce qui est sympa, c’est surtout de monter sur les hauteurs. Tu domines le paysage avec un panorama et un coucher de soleil de dingue. Au final, tu grimpes quand même à plus de 800m d’altitude. Attends toi donc à avoir de gentilles montées. Mais tant que c’est sec, a priori, pas de soucis.

Niveau technique, il n’y a absolument aucune difficulté, c’est de la jolie piste roulante, un peu caillouteuse parfois. Juste, fais gaffe aux ornières ! Parfois elles ressemblent plus à des fossés en plein milieu de la piste qu’à autre chose. Mais bon, à part ça, rien de particulier à signaler. Dans le doute, tu mets gggggaaaaazzzzz et tu passes. Tu connais la chanson de toute façon.

Mon seul vrai conseil : fonce et va voir là bas si tu es dans le coin, ne fais pas l’impasse, ça en vaut la peine…

Et si tu manques de motivation, voilà de quoi y remédier un peu je pense :

Les Bardenas Reales, un pocket-sized désert maxi kiffant !

De Huesca aux Bardenas Reales, une petite mise en bouche après la mise en jambe…

Après la mise en jambe, on attaque la jonction pour rejoindre les Bardenas Reales avec nos motos.

Alors… Quand je dis on attaque, je crois qu’il va falloir que je précise. On ne peut pas dire qu’il y ait matière à attaquer autre chose que la poignée d’accel en fait. De ce point de vue, la décence m’impose de ne pas en dire plus sur les vitesses qu’on a prises… Mais je crois pouvoir dire que, plus d’une fois, il n’y avait pas grand monde qui aurait été en mesure de nous doubler. Oui je sais, je me la pète et je m’en fous, ça fait du bien de débrancher les neurones et de lâcher la cavalerie… Fais pas le Saint, je sais que tu vois de quoi je parle. 🙂

Bref, on se dirige vers les Bardenas Reales par l’est, via Huesca, et on se retrouve sur la trace du TET.

Cette jonction, en fait, ne sert qu’à t’acclimater la rétine à ce que tu vas voir après…

Tu serpentes sur de la piste, toujours très roulante, qui t’emmène sur les hauteurs, ou qui parfois te fait passer à travers champs. Et là, en sortie de virage, ou après ce promontoire qui te bouchait la vue, tu prends un uppercut ! Ici des ruines d’époque Gallo-Romaine. Là, un château fort dont tu jurerais qu’il est habité. Au loin un village aux ruelles minuscules… Je ne sais pas trop de quoi vivent les gens dans le coin  en revanche. Certainement l’agriculture, même si ça parait un peu contre intuitif quand tu vois à quel point c’est sec 90% du temps. Les miracles de l’irrigation…

La piste est nickel, roulante, propre, pas traitre pour un sous. Tu peux envoyer du lourd… Fais juste gaffe parce que de temps en temps, tu as un muret sur le côté… N’est-ce pas T. ? 🙂

Bienvenue dans un désert sorti de nulle part !

Bon, pour autant, j’ai pas de super sensations, et Thor fait un peu des siennes je trouve… Entre le joint carter qui fuit, le petit jeu dans la colonne de direction, ma chaîne qui commence à fatiguer et à avoir des points durs, et mes pneus (toujours les Motoz GPS que j’avais mis pour l’Islande et qui ont pas loin de 9000 bornes maintenant !)… Je sais pas, je suis sur la réserve…

On échange les machines avec les copains, et finalement, je comprends de leur retour que… je me fais peut être des noeuds au cerveau… Bon, en même temps… Bref… Du coup, je reprends confiance et progressivement je me sens mieux…

Et c’est là que se produit la magie ?.

Et pour le coup, c’est pas moi qui le dit, c’est le site officiel de l’office du tourisme de Navarre qui le présente comme ça ! “Un désert sorti de nulle part” ! Et franchement… C’est pas faux !

Quand tu arrives par le Nord Est, tu as une longue gravel road qui t’emmène jusqu’à l’entrée du Parc. Tu vois au tout début une barre rocheuse au loin. Et plus tu t’approches, plus tu discernes ces reliefs si typiques ! Tu t’engages là dedans comme un chien dans un jeu de quilles… Et au final, tu as l’impression de rouler dans une version miniature du grand canyon !

30 km/h… Oui oui…

La piste est officiellement limitée à 30… Oui oui… 30 km/h… Bah du coup, à cette vitesse, c’est sûr que tu peux ramasser les champignons… Manque de bol, du coup, nous, on n’en a trouvé aucun.

Tu suis cette piste, la poignée dans le coin, il n’y a personne. Là tu t’engages, tu y vas, tu laisses passer tes potes, tu les rattrapes, tu t’en mets plein les yeux, au propre comme au figuré… C’est juste le pied ! Tes soucis et le taf sont restés en soute et tu te concentres sur le moment présent. Bon, je vais pas non plus la jouer “Carpe Diem” et tout le tutim mais on n’en est pas loin… 

De La Negra à El Plano en passant par La Blanca

Quand tu vas aux Bardenas Reales, tu as 3 zones. La Negra, au sud, El Plano, au nord, et La Blanca, entre les deux. Bah nous on aura fait les 3… Après tout, là où il y a de la gène, y a pas de plaisir parait il. Mais du coup, les 3 zones sont quand même assez différentes.

La Negra

La Negra, c’est de la piste caillouteuse et vallonée. Beaucoup d’ornières, et franchement, j’aimerais pas être dans le coin quand il pleut des trombes. La terre est super légère, poussiéreuse même, elle s’insinue partout, mais dès que c’est humide, ça crée une espèce de boue bien dégueue… 

La Blanca

La Blanca, c’est là où tu as toutes ces photos de paysages sculptés par l’érosion. C’est la partie basse, avec des pistes assez larges, très plates, bien entretenues, et bien tassées par les milliers de bagnoles qui y passent tous les jours (bon, j’exagère un peu là…). Et si jamais il y a un peu de flotte, ils ont pensé à tout en bétonnant le fonds des gués. Une aventure dans son salon ou presque quoi…

El Plano

El Plano, c’est au nord, et ce sont des espèces de hauts plateaux sur les contreforts desquels tu domines tout le désert. Une espèce de belvédère qui, quand tu suis la trace du TET, sert d’antichambre aux paysages des des Pyrénées. Les pistes y sont plus techniques, les revêtements différents, et tu n’es pas à l’abri de devoir faire une ou deux acrobaties pour passer. 

Allez, quelques photos pour te donner une idée de ce qu’on a vu là bas du coup :

Sur la trace du… TET (ou pas finalement)

Tu l’auras noté, pour l’instant, tout se passait à merveille !

La météo était nickel (quoi qu’un peu fraîche le matin et un peu couverte parfois), on faisait pas beaucoup de bornes mais on profitait comme des malades, pas de chutes, pas de bobos, tout allait bien.

C’est là qu’on aurait dû sentir que c’était trop beau pour être vrai… Ou en tout cas pour continuer…

Alors, petite devinette : que se passe-t-il quand à 130 km/h, sur une piste, tu prends un caillou dans le radiateur parce que tu as perdu la protection de grille ?… Bah oui, ça fait un trou ! Et que se passe-t-il quand tu fais un trou dans ton radiateur ? Ben tu perds du liquide de refroidissement… Et donc, qu’est-ce que ça fait ? Tout simplement, tu peux plus rouler !!! Enfin, tu fais juste les 3 bornes qui te séparent du village le plus proche, et tu arrives devant l’hôtel que t’as booké en panique avec une moto qui se met à fumer comme un pompier !!!!

Quelle LLLLOOOOOOSSSSSSEEEEEEEEE !!!!!! 

Mais bon, comme le dit J., c’est un apprentissage. Sauf que l’apprentissage alors que la meule est encore sous garantie, ça n’a plus la même saveur. On a donc décidé… de ne rien faire, et de remettre la moto sur la remorque pour rentrer tranquillement à Paris. Après tout, comme l’avaient dit les gars du PGHM quand j’y avais fait un stage, il faut apprendre à ne pas ajouter de la sur-crise à la crise.

Désolé les potos encore une fois, et merci pour tout (oui oui, ils se reconnaîtront 😉 )…

Bref, après un petit dodo, on retourne en train à Saragosse récupérer la bagnole et la remorque. D’ailleurs, pour l’anecdote, c’est la première fois que je prends un train qui arrive en avance et part à l’heure je crois :-). 1h40 plus tard, on débarque à la gare, le temps de s’enfiler un café et de retourner au parking, on reprend la route. 1h30 après, on arrive à l’hôtel où J. gardait les meules et nos affaires… On charge et… Ciao Bye Bye. Finie l’aventure espagnole… Un peu trop tôt, un peu trop mal, mais bon, on s’est bien goinfré quand même, et objectivement, on a trouvé un super spot pour venir s’entrainer pour la Russie… Et oui… Tu sais, ce projet un peu fou… Il revit… Enfin, j’espère qu’il se réalisera même. Mais ça, l’avenir nous le dira 😉 

Le bilan en quelques mots

  • Déjà, concernant les km :
    • 2000 bornes de jonction dans un Caddy à manger des bonbons…
    • 500 bornes sur place à bouffer de la poussière, dont 80% de off-road à la louche…
  • Maintenant, concernant Thor :
    • 1 l d’huile ajoutée pour faire l’appoint après une alerte,
    • le joint de carter qui fuit justement,
    • ah ! le kit chaîne à changer après plusieurs milliers de km de bons et loyaux services sans l’avoir lavé une seule fois…
    • évidemment le radiateur flingué,
    • un peu de jeu à la colonne de direction, mais c’est pas anormal,
    • un comodo grippé,
    • la barre des 27.000km franchie (et donc la révision des 30 k en anticipée vu la situation de toute façon)
    • des pneus qui tiennent étonnamment bien la route, à tel point que je vais te faire un retour bientôt
    • ET UNE GRANDE FIERTE (ah ah ah!!!) : la 1290 aura mis tout le monde d’accord au test d’accélération (tu m’étonnes aussi…160 CV, vs 105, vs 95…)
  •  Bon, et sinon, pour tout le reste :
    • Un pur moment entre potes même si A. nous a bien manqué,
    • Des bananes sur le visage qui en disaient long sur le pied qu’on a pris,
    • Une solution pour franchir les gués en Russie,
    • Une météo nickel (juste 3 gouttes un soir),
    • Des espagnols super accueillants et super prévenants avec ce fichu COVID,
    • Une bonne petite progression technique grâce aux conseils de T.
    • Et franchement, un trip à refaire dès que possible, en prenant un peu plus de temps… 

L’itinéraire en détail

Tu en veux encore ?…

Alors pose toi dans ton canap, un p’tit café, un p’tit jus d’orange, comme dirait l’autre, et évade toi pendant 2mn 19s en regardant la vidéo…